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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 08:00

Si votre tête ressemble à une sphère plantée de cornes ou à un cockpit d’avion, pas de panique : vous êtes assurément dans l’univers de Yuichi Yokoyama.


 

yuichi_yokoyama.jpg

 

 

Né en 1967, cet artiste plasticien tokyoïte s’est d’abord exclusivement consacré à la peinture avant d’étendre son champ d’action vers la bande dessinée. Et quelle bande dessinée !!

 

jardin 05

Jardin, éditions matière

 

 

          Largement inspiré de l’univers graphique synthétique et bourré d’actions du manga, il s’en détache aussi largement avec un mode narratif bien personnel et l’absence de héros. Lorsqu’on parcourt les BDs de Yokohama, les humains et leurs présences sont assez déstabilisantes par rapport aux habitudes que l’on entretient avec la BD traditionnelle, c’est-à-dire l’éternelle aventure solitaire que l’on suit avec ferveur du personnage principal. Ici les « humains » - traités à l’image du monde dans lequel ils évoluent -  n’ont pas d’individualité, ils sont la constituante d’un cerveau unique et agissent en harmonie de manière collective. Les dialogues sont rares. Lorsqu’il y en a, ces Hommes se posent, sur le monde qui les entoure, des questions ou des constatations d’ordre pragmatique un peu débile du genre : "Tous ces massifs sont alignés en parallèle. A perte de vue.", "La forme du terrain se modifie à partir d’ici.", "Des montagnes douces…", "Mais ça garde toujours l’allure de montagnes.".  Et voilà notre troupe de bonshommes au physique complètement hallucinant qui parcourt cet univers uniquement fabriqué de matériaux industriels, simplement poussé par le besoin de découvrir ses autres merveilles, juste pour se distraire.  

 

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Travaux publics, éditions matière


Parfois, on assiste à la fabrication de ce monde en direct. Pas de signe de vie. Les objets bougent, eux aussi dans une parfaite harmonie collective, donnent forme au paysage accompagné par des onomatopées. De gros rouleaux écrasent des cailloux sur le sol jusqu’à le rendre parfaitement plat afin que ceux de l’herbe artificielle puisse le recouvrir. Le plus réussi est que lors de ces actions automatisées, on ne s’ennuie absolument pas. On se laisse porter par ce que les cases nous proposent, on n’espère pas que telle ou telle chose se passe, on attend tout simplement que cette nature artificielle se forme sous nos yeux émerveillés. Quand on regarde les robots des lignes de fabrication de voitures, c’est un peu le même ressenti : on est complètement abruti par cette chorégraphie réglée au millimètre et en même temps abasourdi de la rapidité avec laquelle ces ouvriers de métal, dans l’optimisation la plus complète de leur gestuelle, parviennent à donner forme à une Twingo.

 

 

yuichi1.jpg  De l’action, c’est de l’action à l’état pure.  Malgré le statisme inhérent à l’image dessinée, le déroulement des actions est totalement fluide et l’auteur est capable de développer des séquences parfois hyper-complexes. En « lisant », on a même l’impression d’un film animé sur le papier tellement le regard est invité à recomposer ce qui se passe entre chaque case, sans pour autant que la lecture perde de sa facilité. Sensation de vitesse, chute vertigineuse, dégâts collatéraux, tous les ingrédients du boum-boum spectaculaire japonais sont là et traduits avec une extraordinaire simplicité dans le dessin. Et pour en rajouter, graphiquement ça tient le coup plus que jamais. La composition d’ensemble de chaque page est magnifique avec un sens de l’équilibre entre les masses noires et grisées parfaitement géré. En dehors de la narration qu’elles proposent, les planches sont aussi des tableaux abstraits où l’on peut apprécier la musicalité des formes agencées entre elles.

 

 

 

 

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Combats, éditions matière

 

Finalement, Yuichi Yokohama, c’est un discours détourné sur la condition humaine , la démonstration de l’infinie possibilité de l’image à produire différents niveaux de lecture et de la puissance universelle du dessin à traduire des actions.  

 


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Published by Les Z'infomanes - dans Arts Plastiques par Marion
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