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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 11:19

 

MamiErotiK-Final-Fisheye.jpgStrangerous

 

Les éditions Harlequin font parler d'elles, généralement en négatif. Mais avez vous déjà remarqué que dans les grandes surfaces et autres librairies de gares, une grande part du rayon livre était réservée à cette collection ? Combien d'entre vous ont lu un Harlequin, juste par curiosité ? Un grand nombre à mon avis. J'ai essayé pour ma part, je vous avoue ne pas avoir réussi à aller jusqu'au bout. Mais il paraît que celui que j'ai lu était vraiment très mauvais. 


Les livres Harlequins se vendent actuellement à 12 millions d'exemplaires annuels.


Pour ceux qui ne connaissent pas, je vous fais un topo très rapide sur une bonne recette. Tout d'abord, un homme parfait (tendre, fougueux, attentionné, musclé, romantique) et une femme. Vous les disposez, si possible, dans un décor de rêve. Vous y mixez un amour impossible, mais qui va tout de même se concrétiser.  Vous obtenez un livre pas cher, très rapide à lire.


Il faut savoir que les personnes qui écrivent les livres ont des codes très précis à respecter, comme par exemple, dès qu'un personnage regarde par la fenêtre, il doit obligatoirement penser à l'objet de ses désirs. Tous les gestes ont une signification. Chaque regard ou pensée doit être destiné à un but précis. Chaque description doit suggérer un futur accouplement.

 


Allez, je vous donne un petit extrait juste pour le plaisir :


"Il était entièrement vêtu de noir : ses bottes, son jean, ainsi qu'un T-shirt sans manches qui soulignait ses pectoraux bien découpés et dont l'emmanchure laissait voir un tatouage coloré très élaboré, sur son épaule gauche. Laurel reconnut la silhouette d'un dragon, qui partait vers son torse et s'enroulait autour du haut de son bras.
Comme elle cherchait à éviter son regard, ses yeux s'arrêtèrent sur le tatouage, et elle sentit ses doigts la picoter. Elle dut aussitôt serrer les poings pour lutter contre le désir subit d'effleurer ce dragon, d'en éprouver la tiédeur, la douceur... celles de la peau de l'homme qui se tenait devant elle. Si elle touchait l'animal, peut-être pourrait-elle poser sa paume sur son corps monstrueux, sentir battre son coeur, à l'endroit où battait celui d' Alec Stanton."


Extrait de Une liaison scandaleuse



C'est du grand art, non ?

 


Mais qui lit les Harlequins ? Les femmes, bien sûr. On a souvent l'idée que ce sont des mères au foyer, généralement, qui ont passé la quarantaine et qui se font chier dans leur couple au point de vivre des histoires d'amour impossibles par procuration. Bien que les lectures soient dominées par ce type de femmes, le lectorat s'étend à une part beaucoup plus grande de la population : soit les femme de 15 à 75 ans. Cette épidémie touche toutes les classes sociales.

 


Mais qu'est ce qui peut plaire autant dans ces livres ? Janice Radway, dans son article "Lectures à "l'eau de rose". Femmes, patriarcat et littérature populaire", présente ces lectures comme "une lutte et une compensation". Elles permettent de refuser le rôle social prescrit par le mariage, en lisant, les femmes agissent pour elles-même, pour leurs propres plaisirs et non pas pour leurs familles pendant quelques heures. Ces lectures permettent aux femmes de vivre par procuration ce qu'elles n'ont pas dans leur vie quotidienne. Bien que ces livres donne l'occasion de s'affirmer en revendiquant leurs désirs, ils ne changent en rien leur condition sociale. Cela les enferme dans l'acceptation de leur rôle social, pour pouvoir vivre une autre vie dans un monde imaginaire.

 

Depuis quelques années, la collection tente d'élargir son public avec des collections comme "Red Dress Ink" destinées selon Véronique Ferrandez, directrice du marketing, aux "citadines branchées (...) de 25 à 35 ans". Cette collection vise les femmes touchées par la crise de la trentaine, les "céli-battantes".


Les éditions Harlequin ont donc de beaux jours devant elles, car la frustration des femmes face au mariage et à la société durera encore pendant longtemps.  


 

Marine DENIS

 Merci à Yann Dalon pour l'illustration originale

 

 

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Published by Les Z'infomanes - dans Livres par Marine
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commentaires

Tietie007 12/04/2015 21:48

C'est la preuve surtout que les imaginaires féminin et masculin sont très différents !