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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 18:00

Article publié sur www.respectmag.com


http://www.iwelcom.tv/images/KoHndo/KOHNDO_OK-2a.jpgAncien membre de La Cliqua, Kohndo vient de sortir un troisième album, Soul Inside. A travers un phrasé subtil, il aborde sous des angles originaux, la vie quotidienne d’un trentenaire, ses joies, ses galères et ses réflexions. Le tout porté par un accompagnement métissé, entre soul, funk, rock et jazz. Il revendique sans agresser. Un rap sage et poétique, au style enlevé.

 

 

 

Tu dis : « J’aurais pu écrire un album de blues tant la douceur et la tristesse ont jonché mon parcours. […] Mais j’ai grandi dans la dureté d’un monde rap »…


Je suis tombé dans le rap par hasard, comme d’autres tombent amoureux. J’ai juste eu plus de facilité à rencontrer le hip-hop du fait d’avoir grandi en banlieue. Malgré tout, j’ai fait ma culture musicale à la médiathèque de Bobigny. Le hip-hop amène vers les autres styles. J’aurais pu faire un album blues, au sens plus sombre. Mais je trouve qu’aujourd’hui la musique rap a déjà suffisamment son lot de déprime et de violence.

Soul Inside, l’album de la maturité ?


J’ai toujours écrit de cette façon. Il ne s’agit pas d’une prise de conscience tardive. Les sujets sont traités avec nuance, c’était déjà le cas du temps de La Cliqua. On vit une époque où les contrastes doivent être beaucoup plus marqués. Et ce, parce que médias et diffuseurs ont tendance à vouloir tout mettre dans des cases. Je remets l’humain au centre car on n’est pas des produits. La musique que je propose doit être mouvante tout comme une personne ne fait pas la gueule 24 heures sur 24.   

 

 

« Pardonnez-moi d’être un banlieusard, mais d’être beaucoup plus ouvert qu’leurs sondages et leurs stats ». En gros, ce morceau signifie : « pardonnez-moi de ne pas correspondre à vos clichés » ?


Oui exactement. Enormément de gens n’écoutent pas le rap de la même façon que d’autres styles musicaux. Ils veulent de la violence, quelque chose de très explicite. Et sont perturbés quand ce n’est pas le cas. C’est un peu comme quand tu vas voir un film d’horreur et qu’il n’y a pas de sang. T’es déçu. Le rap n’est pas ce que l’on croit. On lui enlève sa portée artistique, on enlève aux rappeurs le droit d’être humains. On m’a déjà dit, « le problème c’est que ton rap est trop intelligent » ou « trop mâture ». Ça n’a aucun sens ! C’est une forme de racisme. T’es noir, t’es français, on voit avant tout un grand noir rappeur. Oui, Pardonnez-moi, c’est un peu « je vous emmerde ». Je ferai ma musique, et ce sera dur puisque je prends tout le monde à contre-pied en étant un grand rappeur noir et sensible. Il faut voir comment on met le rap dans un ghetto.  J’ai parfois l’impression d’être un sous-homme, un sous-artiste. Nous sommes la nouvelle chanson française ! Avant d’être un grand rappeur noir, je suis un artiste français avec des choses à défendre.

 

Justement, Soul Inside, est plus soul (forcément !), plus jazz que tes albums précédents. Le rap permet la fusion des genres ?


Le rap cite les autres musiques, les autres cultures. Et consiste à sampler les autres genres. Tout en gardant sa propre identité, celle du rythme. Une rythmique solide et étoffée d’harmonies.  La mixité est inhérente au fait d’être urbain, dans des villes cosmopolites. C’est pour ça qu’il y a du rap partout dans le monde. Mais le rappeur est un chanteur. En gros, un chanteur est un coureur de demi-fond. Un rappeur est spécialisé en 100m. Notre spécialité c’est le rythme. Un chanteur est forcément un rappeur, plus ou moins bon. Ne pas considérer que les rappeurs sont des chanteurs reviendrait à se demander si un batteur est un musicien. Mon utopie consiste à ce que le rap soit reconnu comme de la chanson. La musique fait partie de l’histoire du rap. C’est la musique de la culture hip-hop. La musicalité se joue dans la façon de prononcer des mots plus hauts que d’autres par exemple. Parfois je peux rapper faux, ne pas être dans la bonne tonalité. Les américains ont toujours chanté en rappant. En France, on a une culture du texte, on reste dans la définition très originelle du rap. Des mots sur des beats.

 

 

 


 

 

 

On a comparé ton parcours à celui d’Oxmo Puccino. Qu’en penses-tu ?

Quitte à être comparé, autant l’être aux meilleurs ! Mais lui a plus le sens de la formule. Moi, j’ai du mal à me définir mais mon style est peut-être plus imagé. Bien que le sien aussi soit poétique. Je crois que la différence tient à nos énergies. Il est plus près de la culture française et moi de celle d’outre-Atlantique.

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commentaires

L
<br /> <br /> lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news<br /> <br /> <br /> En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de<br /> Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du<br /> village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions<br /> hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un<br /> seul aujourd'hui se décide à parler.<br /> <br /> <br /> 35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser<br /> le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.<br /> <br /> <br /> Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de<br /> ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi<br /> joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)<br /> Interview du 26 mars 2012 sur<br /> radio-alpes.net<br />
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