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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 11:44

Il est temps de se rappeler de Buster Keaton et de ses années 20 au Cinéma.

Qui est Keaton ? 


Francis Ramirez
écrit, à propos de Keaton : « Dans le champ du cinéma burlesque, Buster Keaton occupe une place toute particulière : il est celui qui, retournant la proposition aristotélicienne [ « La comédie est l’imitation des hommes de qualité morale inférieure, non en toute espèce de vice, mais dans le domaine du risible, lequel est une partie du laid. »]d’un risible liée au laid, fait du comique un domaine à part entière de l’esthétique. C’est cette liaison du comique à la beauté que nous appelons la « ligne Keaton » ».

Qui est ce Buster Keaton ? Les Parents de Buster Keaton l’ont élevé dans un monde du music hall. Quant à son enfance de Buster Keaton, il la qualifie de  « très heureuse ». Buster Keaton  a été aspiré d’une fenêtre par un cyclone à l’âge de vingt mois. Après divers accidents, le magicien Houdini, ami de ses parents, s’écrie « What a buster (casse cou) ! ». Il gardera ce surnom toute sa vie. Joe Keaton, ayant éprouvé l’incroyable résistance physique de son fils de 3 ans, crée un numéro intitulé « A good education » dans lequel Buster est « durement » réprimandé.

Dès 1917, alors qu'il est acclamé à Broadway dans le monde du music-hall, il renonce à son engagement dans la célèbre revue Schubert, pour s'engager dans la compagnie de Roscoe Fatty Arbuckle. Keaton commence sa carrière de comique auprès d'un géant de l'époque Roscoe "Fatty" Arbuckle. Dès ses premiers films avec Fatty, Buster Keaton se passionne pour la technique, discute avec les techniciens, suit attentivement la mise en scène, la construction des décors, le montage : tout d'abord simple acteur, il devient rapidement assistant à la mise en scène. Arbuckle, formé par Mack Sennett, s'était fait une spécialité de films comiques assez agressifs, plus sulfureux et absurdes et plus adultes que les films de Lloyd ou Semon. Et s'il est clair que l'oeuvre de Fatty Arbuckle reste mineure, elle aura permis au jeune Buster d'apprendre à filmer différemment, et imaginer un cinéma plus imaginatif et innovant.

Les « Arbuckle-Keaton Comedies », produits par la Comique Films Co., témoignent remarquablement de l'apprentissage du cinéma par Buster Keaton. « L'Homme qui ne rit jamais » (« The Great Stone Face ») sera une dernière fois prit d'hilarité dans La Noce de Fatty (His Wedding Night, 1917). Il entrera dans les délires de Fatty Cuisinier (The Cook, 1918), où le tandem fonctionne à merveille. Enfin, dès Fatty Garçon Boucher (Butcher Boy, 1917), l'acteur du Music-Hall Buster devient rapidement Keaton, et impose un style à la fois plus subtil et plus personnel. Il est le faire-valoir acrobate aux côtés du comique Fatty. Cette collaboration donnera quatorze films, et sera le début d'une amitié qui ne se démentira pas dans la tourmente des années 20.

En 1918, la Comique Co. quitte New York pour la Côte Ouest, et la notoriété cinématographique de Keaton grandit. À la fin de la guerre, Buster Keaton interrompt quelques mois sa carrière pour effectuer son service militaire en France, sans voir le front. A son retour, il décline des offres de contrat de Jack Warner et de William Fox, pour confirmer son engagement auprès de Fatty Arbuckle, engagé par la Paramount. Buster y entrevoit la possibilité de voler rapidement de ses propres ailes.

Le producteur de la Compagnie, Joseph M Schenck, exerce sur le jeune Keaton une protection paternelle. Il loue les anciens studios de Chaplin, et y engage une équipe peu nombreuse mais constamment disponible : c'est le début d'une série de 19 courts-métrages tournés à partir de 1920.

La reconnaissance est quasi immédiate : Buster Keaton accède du jour au lendemain au statut de star. Au bout de trois années passées avec Fatty, il finit par se démarquer pour s'accomplir  tout seul. C'est donc en 1920 que Keaton va construire une oeuvre burlesque à la fois poétique, décalée et très sensible. Pendant trois années, Keaton complète un personnage qu'il va ensuite décliner dans ses films : la série des Malec présente un personnage en totale inaptitude avec le monde qui l'entoure, non pourvu de bonnes volontés, tantôt gaffeur tantôt héros, le tout souvent malgré lui. Il est toujours amoureux d'une belle souvent aveugle de l'affection que lui porte le héros joué par Keaton.

 

Keaton est connu pour ses qualités de metteur en scène et de cascadeur hors pair. Ses histoires partent souvent de rien, d'une idée et, comme Chaplin, il est maître de toutes ses oeuvres. Très populaire, il signe des films (dès 1924) comme Sherlock Jr, Les Trois Ages, La croisière du Navigator ou Go West. Beaucoup de critiques considèrent Le Mécano de la  General  (1927) comme son chef-d'oeuvre. Ce film coïncide avec l'arrivée du parlant et une totale remise en question des stars du muet. Keaton signe encore quelques films qui ont rencontré un succès critique et public important, Cadet d'eau douce, pour ne citer que lui. Puis il décroche un contrat avec la MGM. C'est le début de la fin pour le génie que l'on surnomme "L'homme qui ne rit jamais".

 

Analyser le style Keaton

 

Les films de Buster Keaton mettent en scène un personnage qui semble animé qui ne comprend pas le monde mais qui veut agir sur ce monde. Comment peut-il s’y prendre ? Par l’excès, par l’anomalie.

Pendant sa production indépendante, Keaton se tient plus distant des standards narratifs hollywoodiens que Chaplin, quoiqu’il y démontre quand même une toute relative adhérence. Il développe une forme humoristique plus propre à lui qu’on baptise le « gag trajectoire ». Selon Robert Knopf , Keaton révèle une relation beaucoup plus ambivalente avec le style classique hollywoodien par son maniement de gags à l’intérieur de la narration. Il s’agit d’une série de gags visuels liés dramatiquement et motivés par le récit, dont l’efficacité repose sur le rythme entre la mise en scène et le montage. Malgré tout, son humour est beaucoup plus physique comparé à l’humour plus cérébral préconisé par Chaplin. Le comique de ses gags physique est, comme à son époque vaudevillesque, appuyé par l’impassibilité de son visage qui a fait sa renommée. Contrairement à Chaplin, son approche est beaucoup plus pragmatique que sentimentale. Il a donc plus recours à des échelles de plans larges plus descriptives et dans lesquelles on peut voir le corps des personnages en entier. Cette caractéristique est de première importance car c’est dans le mouvement des corps que passe la psychologie des personnages plutôt que dans le recours au gros plan. Comme Charlot avait son costume, on reconnaît surtout Keaton à ses chapeaux plats qu’il, semble-t-il, manufacturait lui-même pour les besoins du slapstick.

« L’ennemi », dans les films de Keaton est à la fois la gente féminine et la nature. En effet, une thématique récurrente dans les films de Keaton est la tentative de conquérir une femme, tentative qui échoue à cause d’un rival ou des parents de la femme. C’est le cas dans Les lois de l’hospitalité où Keaton s’amourache de la fille d’une famille rivale, dans Scarecrow, c’est son ami avec qui il vit, qui devient là encore son rival amoureux  Aussi, dans plusieurs de ses films, Keaton doit se battre contre des forces démesurées de la nature qui sont le leitmotiv d’un schéma narratif : à partir d’une situation mineure, des difficultés minent le parcours du personnage, difficultés qui amplifient progressivement jusqu’à plonger le personnage dans un danger démesuré, selon le style du gag trajectoire. A la fin de Les lois de l’hospitalité, Keaton se bat contre la nature, il sauve la vie de sa promise alors qu’elle aurait pu mourir dans une énorme chute d’eau. Encore une fois c’est son corps qui va l’aider.

On a aussi dit de l’œuvre de Buster Keaton qu’elle frôle souvent le surréalisme. Selon Robert Knopf (1999. The theater and cinema of Buster Keaton), depuis les années 20, les cinéastes surréalistes et les artistes se sont entendus sur le fait que les films de Keaton partagent l’esthétique et les thématiques de l’art surréaliste des années 20 et 30. On peut effectivement repérer dans l’œuvre de Keaton des films dont l’ambiance est cauchemardesque, ou dont la mise en scène est très onirique. Encore une fois, dans les Lois de l’hospitalité (décidemment, ce film est un film très représentatif du « style Keaton »), le début du film présente …

Même si c’est une évidence, il convient de rappeler que chacun des films de Keaton se termine par une course-poursuite. Bouquet final connu, attendu par les spectateurs, il montre à quel point le « comique du physique » de Keaton a son importance.

Une course-poursuite de Keaton est bien davantage qu’une course-poursuite. Une chorégraphie ? C’est encore autre chose : avec leurs trajectoires heurtées et leurs déviations intempestives, leurs rapidités et leurs arrêts nets, les courses de Buster Keaton sont des chorégraphies incorporés dans une société qui, elle, ne bouge pas.  Contrairement à la Nature qui, elle, se met en branle pour Keaton. La fin de Fiancées en Folies en est l’exemple : c’est environ un millier de rocher qui poursuive le personnage de Buster Keaton, comme autant de rires qui explosent en voyant la scène.

Entre courses-poursuites, chutes et rattrapages, il faut voir en effet comment le corps de Keaton « accroche » le rythme du monde et se laisse emporter dans ses flux, comment il accommode sa propre vitesse à celles des machines, des trains, des rapides, des tempêtes, des meutes de flics ou de fiancées, et comment, malgré chutes, accidents et dérapages, cet accord rythmique finit toujours par lui ouvrir un bel horizon. Qu’il soit poursuivi ou poursuivant, aux prises avec l’appareil policier, prenant un suspect en filature ou courant à contresens sur le toit d’un train en marche, la grande affaire de Keaton, c’est d’accorder des vitesses et des mouvements, de faire fonctionner ensemble manoeuvres et mécanismes, corps et âme…




Dans Cinéma, le genre comique, « Comique et Beauté : la ligne Keaton », Montpellier, Université Paul-Valéry, 1997, p. 85.

1999. The theater and cinema of Buster Keaton

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Published by Les Z'infomanes - dans Chroniques arrêtées
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