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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 17:52

L'humanité mérite-t-elle d'être sauvée ? Qu'est-ce qui fait des hommes, ces fous, des êtres si aimables? Peut-on protéger celui qui nous rejette ? Ces questions intemporelles nous sont sans cesse posées par les héros des plus grandes tragédies, de la nuit des temps à aujourd'hui

Et parmi eux, le Surfeur d'Argent nous prouve magistralement que le comics est parfois le meilleur moyen, et peut-être un des plus savoureux et amusants, de donner une dimension inégalée à ces interrogations éternelles.

 

« Le temps est long et le destin changeant... ma destinée réside toujours devant moi ». Et non, ces mots ne sont pas de Racine mais... du Surfeur d'Argent !

Jack Kirby, lorsqu'il a commencé en 1966 à dessiner et publier les aventures du Silver Surfer, se doutait-il qu'il établissait un pont direct entre cet admirable personnage et les héros des tragédies raciniennes?

 

Le Surfeur d'Argent était autrefois un homme, Norrin Radd, vivant dans une autre société, sur une autre planète. Il aimait et souffrait comme tout un chacun. Mais l'arrivée de Galactus, être interstellaire détruisant les planètes pour se nourrir de leur énergie, a tout bouleversé. Afin d'épargner son monde, Norrin Radd accepte de devenir son héraut , celui par qui la tempête arrive : Galactus lui a transféré des pouvoirs, un corps résistant à la pression de l'espace, et avec un surf d'argent la capacité de naviguer parmi les étoiles pour annoncer aux mondes leur destruction imminente. Au terrible prix de ne jamais revoir sa planète d'origine, ni l'homme qu'il fut.

Puis le Surfeur d'Argent trouve la terre. Et son coeur bat, il tombe amoureux de cette boule bleue où il retrouve l'ombre de l'homme qu'il fut jadis. Défiant Galactus, il est condamné par ce dernier à ne plus jamais quitter la terre dont il a souhaité devenir le protecteur.

 


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Mais voilà, les hommes le rejettent, car il n'est pas comme eux. Et voici notre Silver Surfer qui slalome dans l'espace, entre les astéroïdes, contemplant de loin ce joyau qu'il aime mais qui le repousse, et pour lequel il a malgré tout décidé de consacrer sa vie.

 

C'est là toute la beauté du Surfeur d'Argent. Le dessin anatomique propre aux comics des années 60, soulignant les muscles et la silhouette impeccable de notre héros, donne à ses répliques une profondeur qui allie le ridicule et le tragique à la perfection.


 

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Si Shakespeare ou Corneille avaient lu le Surfeur d'Argent, nul doute qu'ils auraient pleuré devant les souffrances de cet être condamné par ceux qu'il aime à la solitude glaciale de l'espace et à l'errance du vide. Et probablement auraient-il ri de l'absurde d'un homme nu surfant au milieu des étoiles, adoptant des poses dignes d'un croquis de Léonard de Vinci.

Impossible en tout cas de douter de la paternité spiritue lle de Racine à l'égard du Surfeur d'Argent quand on lit dans Bajazet (1672): « On peut dire que le respect que l'on a pour les héros/Augmente à mesure qu'ils s'éloignent de nous ».

 

Le Surfeur d'Argent est à coup sûr un comics unique en son genre : on y savoure ce décalage bizarre entre un super-héros combattant les super-méchants (Galactus, Thanos, Mephisto...) dans un cosmos coloré façon trip sous LSD ; et ces tirades d'un autre âge qui posent la question de la condition humaine, de sa folie, qui chantent un hymne à sa beauté à travers l'amour que lui voue ce personnage à la destinée tragique.

 

Allez, je cours me replonger dans le combat de Fatalis contre le Surfeur. Au mois prochain !

 

Julien Carpentier

 

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