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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 11:57

 

 (par un jeun’s)

 

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J’ai choisi de placer le titre d’un livre de Jean Clair (un personnage décrié du monde de l’art, réactionnaire et pro-peinture) pour commencer cet article. Vous le savez peut-être (ou pas) mais aujourd’hui il n’est plus possible de présenter quoi que ce soit devant qui que ce soit (du monde de l’Art) sans faire référence aux artistes homologués par l’académisme contemporain (ne pensez même pas à citer Kandinsky, Schiele, Klimt, Dali…). Pourtant, la liberté, la  tolérance, le dialogue et l’Ouverture (avec un grand O comme dans Opportunisme) sont, à l’heure où j’écris ces lignes, les valeurs prônées par le consensus artistique made in Beaux-arts de France. Une généreuse considération de surface qui devient tout autre lorsque vous la pratiquez au quotidien. Jusqu’ici ce n’est pas une surprise de découvrir une séparation entre la théorie et la pratique, l’Art n’est pas une science exacte… Quoi que…

 

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C’est là que ça se complique, que ça se complexifie, que ça se transforme en culte rationnel et objectif, que ça recherche la justesse et la véridicité, que ça devient une sorte d’embrigadement social qui impose ses propres vérités aux autres… Une école en quelque sorte… Mais pas n’importe laquelle ! Parce qu’on n’est pas n’importe qui hein ! Nous on est profond ! On a des grandes choses à dire ! On sait faire réfléchir les autres ! On est tellement intelligents qu’on invente même des mots tiens ! On a des médailles pour ça et des subventions publiques rondelettes afin de POUVOIR partager avec d’illustres nantis l’envergure souveraine de notre raisonnement ! Trop souvent occupé par le commerce de sa propre personne on ne participe pas au montage de nos propres expositions. Avec une condescendance bien placée on utilise la main d’œuvre étudiante « Bozarienne » en mal d’ECTS (crédits qui vous offre le privilège de passer en année supérieure) pour fabriquer notre travail. Puisque, comme tout à chacun le sait, l’idée est plus importante que la réalisation! Travailler de ses mains c’est trop has been ! Vous ne le saviez pas ! Se servir des autres, de sa hiérarchie pour arriver à ses fins, de son petit pouvoir pour faire pression sur les étudiants, de la réussite du mépris qui nous rend si désirable aux yeux d’une ribambelle de larves décérébrées, tellement courbées par leur quête de réussite et de reconnaissance qu’une scoliose aigue devient presque palpable sur leur dos dénudé (…) C’est pas beau tout ca ?


 

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C’est ça l’Art contemporain! Qu’on nous enseigne, qu’on nous oblige à vivre, qu’on nous impose. Par la force, par la hiérarchie, sans retenue, sans aucune espèce d’éducation, de savoir vivre et de respect… Il est étrange de voir les personnes à la réputation cultivée, agressives et pleine de hargne face à ceux qui ne leurs ressemblent pas, face à ce qu’ils ne comprennent pas, face à ceux qu’ils ne peuvent pas classifier, ordonner et soumettre. Les étrangers sont bien sûr en ligne de mir. Les ERASMUS venus apprendre l’art contemporain, ses concepts de tolérance et d’ouverture n’ont qu’à bien se tenir ! Sinon on les renvoie dans leurs pays ! Hop dans l’avion ! Tu retournes chez toi ! Dès demain tu dégages de la France et sans tes ECTS (une tirade bel et bien véridique, prononcée en coordination devant 30 témoins et je vous assure qu’avec le ton, c’est encore mieux). Du grand Art, n’est ce pas ? 

 

 

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Ainsi, rien ne vous empêchera d’être artiste contemporain, on vous formera et on vous moulera pour ça. Même si les chances de réussite à la sortie de notre cursus sont limitées, très limitées… Car, c’est une coutume de voir roder autours de l’école d’anciens étudiants, à qui on avait laissé miroité un avenir brillant aux pays des Lumières.  Désormais affalés dans la misère et la désillusion d’une réalité sociale bien moins sensible aux apparats et aux paillettes de l’éloquence que l’ambiance beaux-arts. Le membre déchu de la jet-set de l’intellect n’est plus rien... J’aurai presque de la peine pour lui si l’hypocrisie relative à notre superbe futur ne nous était pas imposé dès lors que l’on aspire au sein du consensus beaux-arts à mener une vie simple, à trouver un travail pour vivre et a espérer avoir assez de temps  pour que puisse survivre notre passion… Car on le sait bien, tout le monde ne réussira pas.

 

Par Cyril Limoges, auteur invité par la rubrique Arts Plastiques.

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Published by Les Z'infomanes - dans Arts Plastiques par Marion
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commentaires

JbWejman 29/04/2011 03:40



En fait je suis plus ou moins d'accord avec toi. Mais juste pour préciser cette histoire d'alternative, elle est possible selon moi si l'on évite les attentes premières des professionnels, du
"milieu"( qui pour résumer à la serpe définissent la notion de "vérité admise" et qui forme un culte général et fait des musées d'art moderne des mausolées ). Tu définirais ton territoire comme
ailleurs, j'ai envie de dire tant mieux! Car selon moi c'est bien dans l'ailleurs, non pas éxotique, mais l'ailleurs culturel que l'activité artistique peut proposer autre chose, et différemment.
Cet ailleurs (qui peut être dans une statique), cette question du je me déplace/je déplace, est encore aujourd'hui un concept explosif, tantôt un bis répetitas Duchampien, tantôt un tout autre
projet qui explore d'autres frontières, et qui tente un autre type d'investissement. (de Francis Alys, par Joshua Okon, de Banksy à Jr, ou de Lawrence Weiner à Ai WeiWei en passant par Yoshua
Okon, tout dépend des choix artistiques)


 Oui dans cette école l'on nous parle tout le
temps des même artistes, et des même écrivains/critiques. Car les terrains d'artistes engagés par exemple ne sont pas définis en soi, ce qui est le drame de l'universitaire, si retrouvé est un
casse tête sémantique et éthique. Engagé comme le fait de se définir engagé dans notre société, non pas dans un partis (C'est un point de vue que je défend de penser que chacun est engagé, est
rouage et pas simplement pion).


Mais là c'est à tout à chacun de trouver ses "références" (un mot que je n'apprécie pas des masses), ou plutôt d'analyser des pratiques artistiques qui définissent les enjeux esthétiques et
critiques, et l'ambivalence qui en découle, que l'on veut aborder.


Même un tatoueur à besoin de savoir ce qu'il veux faire, et l'étude lui permet de choisir des motifs, des tracés, de combinés, et d'inventer.


Enfin, sans être martial il est difficile d'éviter ce consensus, j'en suis bien conscient et je suis en plein dedans. L'on doit proposer dans une continuité une démarche discursive, c'est bien là
où le bas blesse. En 3 ou 5 ans qui peut affirmer une continuité de travail? C'est une aberration... Tout ça pour dire que je ne peux en dire plus, mais que oui ca mérite débat. 


Tout ceci est un ensemble complexe qui en un commentaire de permet pas d'être éludé. Mais en effet, une école d'art est un étrange microcosmos, surtout à Bourges où la sensation d'être sur un
îlot perdu au coeur du pays est prégnante. Je reste optimiste quand à croire que l'on peut faire différemment, ne pas attendre l'approbation générale, etc... 


 



100 idées 28/04/2011 11:39



Huhuhu. Ces photos !



JbWejman 27/04/2011 12:42



Je suis aussi en école d'art, ENSA Bourges, et oui hypocrisie régnante il y a. 


Mais je suis désolé, ce n'est pas pire qu'une école de commerce, ou toute autre école aspirant à former une élite intellectuelle. Tout dépend du comment on se positionne, individuellement avant
de dire collectivement, car sinon l'on se perd dans cette société artificielle. 


Je suis désolé de dire que le problème ne vient pas que de la structure, discours en place depuis toujours, mais aussi des étudiants qui se satisfaissent de celle-ci. Mais là où l'art permet une
résistance et une alternativité c'est au sein de la machine. Ce n'est pas cette jalousie du confort de l'art contemporain qui permet d'avancer. J'ai eu moi aussi mes coups de nerf mes coups de
sang. Mais il faut relativiser, et arreter de faire de l'art une chose importante pour une chose importante. Se sentir figé, et fixer dans un rôle ok, mais j'espere pour vous que tu regarderas
d'autres horizons, être à contre-courant fait ramer deux fois plus! 


Mais c'est pour un bien!


Jb



Les Z'infomanes 28/04/2011 16:39



Tu as l'air certain de tes affirmations sur l'art, personnelement je reste sceptique vis à vis des vérités objectives ( qui sont toutes relatives à la culture individuelle enseignée par un tiers
ou pas) et surtout quand ces mêmes vérités concernent un domaine aussi vaste et subjectif que celui de l'art ( il suffit de s'attarder sur les différents mouvements en histoire de l'art pour s'en
rendre compte). Si tu penses qu'une resistance, qu'une position particulière ou qu'une alternative peut se produire à l'intérieur d'un consensus qui a tout interêt à ce qu'elle ne se produise
pas, c'est tout à ton honneur, force est de constater que tes épaules sont assez costauds pour ça. A travers mon article j'ai cherché à rendre compte d'une ambiance, d'une structure sociale ( en
juxtaposant des faits concrets ) et à faire l'état des lieux que je fréquente. Vas savoir si je rames à contre courant, je ne suis même pas sûr d'être sur le même fleuve.


CL