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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 01:00

En cette époque de pandémie, je prône l'auto-médication. Et entre nous, rien n'est plus efficace qu'un bon petit placebo. Sans aucun lien avec le groupe, je vous propose une transfusion de jazz.

J'en entends déjà qui râlent au fond : « Barbant », « rasoir » ... me direz-vous, ou bien « réservé aux bobos qui à défaut de coït spirituel, se réfugient dans la masturbation intellectuelle... »

Certes, ces arguments sont parfois recevables, mais là n'est pas le débat. En l'occurrence, mieux vaut s'en remettre à un spécialiste de la confusion des genres, j'ai nommé Maître Avishaï Cohen. ( Et les agités du dernier rang s'indignent non sans vergogne : “ Faudrait choisir... on parle de médecine, de musique ou d'avocats ?” )

Avishaï Cohen est un avocat si l'on assimile son jeu à une plaidoirie visant à convaincre de l'accessibilité, de l'universalité du jazz. Il peut aussi endosser le rôle de psychiatre pour ceux qui auraient développé une phobie pathologique autour de ce style musical. Quant aux autres ils auront une excellente occasion de confirmer leurs penchants pour le swing.

Pianiste à ses débuts, le petit Avishaï découvre la basse avec Jaco Pastorius – le plus grand bassiste de tous les temps, et devient à son tour contrebassiste. Il quitte la proche campagne de Jérusalem où il a grandi, et s'installe à New York. Après moult galères, il est repéré par le pianiste Chick Coréa qui le prend sous son aile. Sa virtuosité le place désormais au rang des meilleurs bassistes et contrebassistes contemporains, tels que Marcus Miller ou Victor Wooten .

Pourtant son génie dépasse la vulgaire technique. On reproche souvent au jazz d'être élitiste, mais ici il est prétexte au mélange des cultures, des influences. Il devient ainsi un corps cosmopolite doté d'un swing viscéral pour squelette. D'abord sideman des plus illustres jazzmen il n'a pourtant pas peur de sortir des sentiers battus pour accompagner entre autres Alicia Keys. Il est en outre un excellent compositeur, et sait très bien s'entourer.

N'en déplaise aux internautes la reprise de "Caravan" ( Duke Ellington), enregistrée lors d'un sublime Live at Blue Note (le prestigieux label de jazz) intitulé “As is...” . Avishaï Cohen au volant de sa basse électrique nous sert une version très funky style.

http://www.youtube.com/watch?v=IyDe9sl1gNI&hl=fr


Ce qui fait la force d'Avishaï, c'est aussi le reste du trio, à savoir le pianiste Shai Maestro, au phrasé mélancolique et épuré, et le percussionniste Itamar Doari aux solos époustouflants. A l'écoute du morceau “Remembering” (sur l'album “At home” avec Sam Barsh au piano ou sur le même “As is...” ), on les suit dans les méandres de leur réminiscence pour arriver à un état de semi transe. Le caractère cyclique du thème et sa reprise perpétuelle illustrent bien l'aspect de ce temps qui passe et nous dépasse.


http://www.youtube.com/watch?v=KElSu-BH-tc

Quant au dernier album, Aurora, il y aurait beaucoup à dire. En bref, c'est un vrai petit bijou. Avishaï s'est mis au chant, le trio est devenu quintet avec Amos Hoffman à l'oud et Karen Malka au chant. On y retrouve le même jazz aux accents de pop, de groove et aux influences israélo-orientalo-andalouses. Et ce melting pot est agrémenté de paroles en hébreu, anglais et ladino. Une précision justement au sujet des langues : à ceux qui trouveraient que son espagnol est bancal, rassurez-vous, ce n'est pas de l'espagnol mais bien du ladino, une langue créée au XVème siècle par les rabbins espagnols pour traduire et enseigner les textes sacrés hébreux.


http://www.youtube.com/watch?v=4Xf-Ya2ZbPk

En résumé je ne sais ce qui rend la musique d'Avishaï si envoûtante, si c'est sa grace, sa poésie, ce rythme en clave orientale, ces mélodies aux allures pop, cette énergie, cette humilité, ce groove impitoyable envers tous ceux qui ne l'auront jamais... Après réflexion, c'est sûrement plus que le mélange de tout ça, et ce que l'on appellera un parfait dosage.

Et puisque la musique ça ne se parle pas mais ça s'écoute, rendez-vous à l'Alhambra à Paris les 24, 25 et 26 novembre prochains.

A bon entendeur, salut !


Fanny

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Published by Les Z'infomanes - dans Musique par Fanny
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commentaires

Tom l'ami gratteur 08/11/2009 00:17


chapeau